Dans le cadre de la série « Raconte ton métier », deux alumni de l'EPHEC Éducation partagent leur expérience du métier d’enseignante en arts plastiques dans le secondaire. Entre créativité, transmission, diversité des publics et moments de fierté avec les élèves, Aly et Iliana racontent un métier vivant, stimulant et profondément humain. Un éclairage concret pour mieux comprendre les réalités du terrain et la richesse de cette profession.

Choisir de devenir enseignante en arts plastiques, c’est entrer dans un métier où aucune journée ne se ressemble vraiment.

Aly et Iliana, deux anciennes étudiantes aujourd’hui en secondaire, en font l’expérience au quotidien. Entre préparation de projets, adaptation à des publics très différents, du général à une école de coiffure, et moments de complicité avec leurs élèves, elles construisent leur manière d’enseigner à leur image.

À travers leurs témoignages, elles racontent un métier créatif, concret et profondément ancré dans la relation avec les élèves, loin des idées reçues.

Deux parcours, une même envie de transmettre

Aly et Iliana n’ont pas exactement le même parcours, mais elles se retrouvent aujourd’hui dans le même métier.

Aly enseigne en secondaire tout en poursuivant un master en sciences de l’éducation. Une manière pour elle de continuer à comprendre, analyser et améliorer sa pratique. « Je suis enseignante en arts plastiques en secondaire… et je suis aussi en master en sciences de l’éducation », indique-t-elle.

Iliana, elle, a suivi un chemin plus direct, guidé par une évidence : « J’ai toujours voulu être enseignante. Et comme je suis passionnée d’arts plastiques, je me suis dit : autant joindre l’utile à l’agréable. »

Aujourd’hui, elle vient de décrocher un poste dans une école de coiffure. Un environnement très concret, très différent du secondaire général. « Là, je vais donner cours à des élèves en option coiffure. Du coup, je dois adapter complètement mes cours. C’est super intéressant parce que l’art peut s’appliquer à tout », s’enthousiasme-t-elle.

Deux profils, deux contextes mais une même capacité d’adaptation.

“On pense que je fais du bricolage… alors que pas du tout”

C’est probablement le cliché qui les fait le plus réagir. Quand on parle d’arts plastiques, beaucoup imaginent encore des élèves qui découpent, collent sans réel objectif pédagogique.

Iliana le dit très clairement : « Tout le monde pense que je fais du bricolage… alors qu’en réalité, derrière chaque cours, il y a un vrai travail. » Avant même d’arriver en classe, elle doit construire entièrement sa leçon, choisir des références artistiques, anticiper les difficultés des élèves et tester elle-même les réalisations.

« On doit faire le projet nous-mêmes pour anticiper leurs questions, leurs blocages. Rien n’est improvisé », souligne Iliana.

Aly confirme cette réalité, avec en plus la complexité de travailler dans deux écoles : « Il n’y a pas de semaine type. Je prépare tout à l’avance, je fais mes “valises” de matériel, j’adapte en fonction des classes… et je réadapte encore le soir en rentrant. »

Le métier est donc bien loin d’un simple moment créatif improvisé.

L’art, un moyen de faire passer autre chose

Pour toutes les deux, enseigner les arts plastiques ne se limite pas à apprendre à dessiner ou à sculpter. C’est un outil. Un moyen de faire émerger des choses plus profondes chez les élèves.

Aly insiste beaucoup sur cette dimension : « Les arts plastiques, ça permet de mettre des émotions sur la table. On peut aller chercher des choses chez les élèves qu’on ne voit pas ailleurs. »

Elle observe des élèves parfois en difficulté, perdus dans leur rôle d’élève… mais capables de s’exprimer autrement à travers l’art. « Il y a des élèves qui ne savent plus trop ce qu’on attend d’eux. Et l’art, ça permet de recréer un lien, de leur redonner une place », sourit-elle.

De son côté, Iliana insiste sur l’épanouissement : « L’art, c’est important pour les élèves. Ça peut être une échappatoire, une façon de se sentir mieux. »

“Les élèves, c’est tout”

Quand on leur demande leur plus grande motivation, la réponse est immédiate. « Les élèves. Mille fois les élèves », répond Aly. Et c’est loin d’être une formule. Les deux enseignantes parlent de ces moments très concrets qui marquent leur quotidien.

Iliana décrit une situation qu’elle vit régulièrement : « L’élève qui arrive en disant “j’aime pas l’art, je ne sais pas dessiner”… et à la fin, il vient te montrer son travail tout fier. »

Aly parle, elle, de ces petits déclics : « Tous les jours, il y a un moment de fierté. Un élève qui comprend, qui s’investit, qui change de regard. »

Ce ne sont pas forcément de grandes réussites spectaculaires. Mais ce sont ces micro-évolutions qui donnent du sens au métier.

Une formation qui apprend à se tromper

Toutes les deux reviennent sur un point clé de leur formation : le droit à l’erreur.

Aly s’en souvient très bien : « On nous a dit : tu vas te planter, et c’est normal. Et on sera là pour t’aider. » Une approche qui change tout.

Iliana insiste sur l’importance des stages : « C’est là qu’on teste vraiment. Qu’on voit si on aime. Qu’on apprend le métier. »

Elle évoque aussi un moment marquant : « Une élève m’a demandé si je viendrais travailler plus tard dans son école… Ça m’a donné confiance. » Des petites phrases, parfois, qui confirment qu’on est à la bonne place.

“Il faut oser même si on doute”

Leur conseil est clair : il ne faut pas attendre d’être parfait pour se lancer. « Il faut aimer les défis, les journées qui ne se ressemblent pas », explique Aly. Et surtout, ne pas se censurer. Iliana le dit très simplement : « Même si on est timide, même si on a des difficultés… ça s’apprend. On est accompagnés. »

Le témoignage d'Aly et Iliana en vidéo